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Littérature - Page 5

  • Mademoiselle dictateur

    BREVE DE LECTURE

     

    Mademoiselle dictateur

    Pierre-Valentin BERTHIER

    (L'Amitié par le Livre, 1956 – 274 pages)

     

    Pierre-Valentin Berthier, la rue, Fédération anarchisteA l'occasion d'une chine, je suis tombé sur ce deuxième roman de feu l'ami Pierre-Valentin Berthier*.

     

    Celui-ci collabora pendant de nombreuses années à la presse libertaire en général et, en particulier, aux journaux de la Fédération anarchiste** et à la revue La Rue. Dans cette dernière, il publia en 1976 un article pacifiste "La guerre et son instrument". C'est dire quel fut l'un des axes majeurs de son engagement. Malheureusement et à mon grand regret, je n'ai pas eu l'occasion de le rencontrer physiquement, malgré mon appartenance aux deux comités de rédaction pour lesquels il collaborait, si ce n'est dans le cadre d'échanges épistolaires toujours empreints de fraternité.

     

    Son roman s'inscrit dans cette veine que jamais il ne quitta. L'action se situe durant la Seconde guerre mondiale et met en jeu d'étranges personnages. L'intrigue est bien menée et nous met en haleine jusqu'à la dernière page. Un travail d'orfèvre à l'image de tout ce que j'ai pu lire de lui. Si vous avez l'occasion de vous procurer ces ouvrages, je ne peux que vous inviter à vous en saisir.

     

    * Wikipédia lui consacre un bel article biographique.

    ** Pierre-Valentin y tenait régulièrement la rubrique "A rebrousse-poil", symbolisée par le logotype ci-dessous :

    pierre-valentin berthier,la rue,fédération anarchiste

  • Le miel du lion

    BRÈVE DE LECTURE

    Le miel du lion
    de Matthew Neill Null
    (420 pages, 23 €, Albin Michel, mai 2018)

     

    Le miel du lion.jpgVoici un roman qui vous fera voyager puisque l'action se déroule en Virginie (États-Unis) durant les années 1900. Cette remontée dans le temps nous replace dans un contexte régional avec, pour cadre, une gigantesque et très ancienne étendue forestière dont l'exploitation - puis la disparition - va contribuer à l'essor général du continent nord-américain.

    L'auteur va dépeindre la vie et le labeur des bûcherons, ces "loups de la forêt" venus des quatre coins du monde à la recherche d'un nouvel eldorado. La fresque est magnifique. Les tensions humaines y sont extrêmement fortes et bien décrites, avec comme trame de fond des rapports de lutte sociale et syndicale particulièrement violents.

    Une belle saga au confluent d'une époque rude dans un pays en plein devenir.

  • Luxure et Châtiment

    Notes de Lecture

     

    Luxure et Châtiment

    de Narcisse Praz

    (592 pages - Éditions Slatkine, 2018 - Genève)

     

    J'ai eu quelques hésitations avant de m'attaquer à la lecture de ce gros pavé littéraire de près de 600 pages. Qu'allais-je y trouver ? Pourtant, d'emblée le titre semblait indiquer ce qu'il contiendrait. Mais, après quelques pages, grande fut ma joie et l'excitation de poursuivre me prit tout aussi rapidement.

     

    Luxure_couv.jpgA onze ans, le personnage principal, Théo, va quitter ses alpages pour se trouver happé dans un processus de formation de missionnaires catholiques. Ces années passées dans le juvenat de Beaulieu seront ponctuées d'« amitiés particulières ». Passent encore ces vœux de pauvreté et d'obéissance, si chères à cette doxa chrétienne, mais que dire de celui de chasteté largement défloré au sein de l'institution ? Rapidement, Théo l'apprendra à ses dépens…

     

    Une relation honteuse va s'établir entre la victime et son prédateur : le père Martin Gall. « Au moins, il m'aime, lui ! », soutiendra-t-il mordicus. Et l'enfer durera six ans pour l'écolier. Un temps surprenant, étrangement long quant on sait, comme l'écrit l'auteur, que « la miséricorde divine est sans limite. Trois Pater et trois Ave pour pénitence et tout est lessivé. Tout sauf l'anus de l'enfant ou de l'adolescent que l'on a pris pour une guenon bonobo. » Et zou ! La semaine suivante, c'est reparti de plus belle… Mais ce temps long sembla nécessaire pour que la rupture, enfin, apparaisse définitivement pour ce lycéen devenu.

     

    La deuxième partie de l'ouvrage prend une tournure digne d'un polar. Des rebondissements se font jour. Tour à tour, deux morts surgissent subitement. Alors, les embêtements se précisent et la tempête tournoie sur celui qui aura été un jeune candidat à la prêtrise et sur la « sainte » église où le silence absolu, dur comme du béton, règne et peut, sans aucun doute, être considéré comme le quatrième vœu apostolique de l'institution. Mais c'est oublier que les griffes du juge « cet homme-là appartient à la frange la plus exécrable de la franc-maçonnerie laïcarde anticléricale » sont acérées. Elles creuseront leur sillon et iront jusqu'au bout pour résoudre ce double meurtre.

     

    En définitive, l'auteur qui "en connaît un rayon" sur cet univers, fait resurgir les pratiques fallacieuses et hypocrites bien éloignées des principes religieux qui sont mis en avant. Rappelons que nous sommes dans les années 1940 et dans cette Suisse des profondeurs, partagée entre deux mondes opposés de la chrétienté.

     

    Bravo à Narcisse Praz pour ce roman rondement conduit dans les entrailles de cette broyeuse d'individus et d'asservissement de masse. Il a su nous tenir en haleine jusqu'à la dernière page. Chapeau ! Il fallait le faire. Alors, si vous souhaitez faire une immersion dans ce monde détonant parce que délirant, il ne vous reste plus qu'à le commander. Je n'ai aucun doute : vous serez emballés par cette description.