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Le capitalisme de l'Apocalypse : ou le rêve d'un monde sans démocratie

Voici un titre qui porte bien son qualificatif.

capitalisme,libertarienCe livre paru chez l'oncle Sam reste l'expression d'une élucubration réussie d'un universitaire brillant : Quinn Slobodian. Il nous fut conseillé par un ami de longue date qui  a l'habitude de surveiller attentivement les prérégrinations de ce système que nous subissons depuis des lustres dans toutes les parties du monde. En réalité, c'est l'histoire évolutive d'un capitalisme débridée  dit de "fragmentation" qui n'a de cesse au gré de ses mutations de réinventer nos conditions d'existence.

Après avoir mis en coupe réglée le capitalisme dans sa forme traditionnelle, celle que nous lui connaissons aujourd'hui, l'auteur nous entraîne vers les marais fangeux et libertariens, appelés par cet étrange nom : anarcho-capitaliste. Au passage, les néo-libéraux en prennent pour leur grade. Néanmoins, il s'agit d'un ensemble d'avatars créé par un monde que nous voudrions enfin voir disparaître, et cela au profit d'une société authentiquement libertaire. Mais tel n'est pas le choix des libertariens. Certes, ces derniers sont pour la disparition de l'Etat mais aussi, il faut le dire, pour mieux imposer une sécession en faveur d'un système complètement dominé par une classe surpuissante de propriétaires, ceux-la même qui actuellement possèdent les plus grands leviers capitalistiques de la planète. A quoi bon citer les noms de ces maîtres du monde... L'un de leurs rêves les plus fous reste celui de transformer le citoyen en simple sujet, celui-ci n'ayant plus son mot à dire. Cela rappelle fortement l'exemple heureusement disparu d'une société dite de servage.

L'enjeu est clair : il s'agit de basculer frontalement dans l'anocratie, un type de fonctionnement où s'entremêle démocratie et dictature. Q. Slobodian établit ses référents auprès des "zones offshore" tels que : Hong Kong, Singapour, Dubaï (encore appelées "zones économiques spéciales"). Un paradis pour certains mais particulièrement tyranniques pour tous, où l'argent reste le seigneur. Il coule en flots gigantesques dans les mains d'une petite élite compradore au détriment d'un prolétariat importé et auprès duquel les propriétaires imposent de terribles conditions générales d'assujettisement.

L'option libertarienne n'a véritablement aucune équivalence possible avec la philosophie anarchiste, sinon la nature de sa haine de l'Etat. Ces détracteurs n'ont qu'un seul objectif : le développement d'un capitalisme poussé à son excès, avec un minimum de contrainte sociale. Pour les libertariens l'individu redevient un simple sujet et non un citoyen avec son cortège de droits. Vous l'avez compris, plus rien ne sait trouver grâce face à ce processus de fragmentation et de délitement généralisé. Leurs rêves les plus fous surgissent au point  de se prendre à rêver à une conquête de nouveaux espaces, bien au-delà de l'orbite planétaire...

 

Le capiitalisme de l'Apocalypse de Quinn Slobodian, Edition du Seuil.

Commentaires

  • L'anocratie ? Nous y sommes, surtout dans cette Europe qui ne parvient pas à se fédérer et distribuer ses souverainetés, sur les bases d'un fédéralisme proudhonien, à commencer par celle des citoyens sur l'universalité des droits de l'homme à faire respecter. Mais le monde des ultra-riches, des Bigtechs, des Bigstates nous promet des perspectives totalitaires de contrôles, de manipulations, de soumissions, de sujétions absolument sidérantes ! Qu'on reprenne Asma Mhalla "Cyberpunk" ou "Technopolitique", Arnaud Miranda "Les lumières sombres", Thibault Prévost "les prophètes de l'IA", l'avenir est cauchemardesque et fictionnel. Il nous reste à identifier dans le réel, pour aujourd'hui, des réjouissances empathiques hors des addictions mercantiles. Que les libertariens, les transhumanistes, les eugénistes, les Altruistes Efficaces réussissent leur téléportation sur Mars, ou plus loin, et qu'ils cessent de pourrir la planète de leurs datas centers.

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